Les signes qui trahissent un site fabriqué par une IA
Ton site est fini, il est propre, et pourtant il sonne faux. Quelque chose fait générique sans que tu saches quoi. Tes proches le trouvent « joli » sans conviction. Tu as peur qu’un client le voie et devine en trois secondes que personne ne l’a vraiment fait.
Un site fait par une IA se reconnaît à sa régularité : toutes les sections ont la même forme, les mêmes dégradés, les mêmes tournures. Ce n’est pas un défaut de goût, c’est la moyenne de millions d’exemples. Le visiteur ne l’analyse pas, il le ressent en trois secondes.
Pourquoi tous ces sites se ressemblent
Il y a une explication simple, et elle n’a rien à voir avec la paresse.
Une IA produit ce qui est le plus probable compte tenu de ta demande. Si tu demandes « une belle page d’accueil pour mon activité », elle produit la moyenne de tout ce qui s’appelle « belle page d’accueil » — c’est-à-dire ce qu’on a vu partout ces cinq dernières années.
Ce n’est pas un mauvais goût. C’est une moyenne. Et une moyenne, par construction, ne surprend personne.
Le problème n’est donc pas l’outil : c’est la précision de la demande. Une consigne vague appelle une réponse moyenne, exactement comme une consigne vague coûte six allers-retours au lieu d’un.
Les sept marqueurs, du plus visible au plus subtil
1. Tout est centré. Titre centré, sous-titre centré, trois colonnes centrées, section suivante centrée. Un site où chaque bloc est parfaitement symétrique du haut en bas donne une impression de diaporama plutôt que de page.
2. Le dégradé violet-bleu. Il a été le fond par défaut de tellement de générations qu’il fonctionne aujourd’hui comme une signature. Mêmes remarques pour le fond sombre avec une lueur colorée derrière le titre.
3. Les trois cartes avec une icône. Trois blocs alignés, une petite icône en haut, un titre de trois mots, deux lignes de texte. C’est la structure la plus produite au monde. Sa présence n’est pas une faute ; sa présence trois fois dans la même page l’est.
4. Les titres qui ne disent rien. « Une solution pensée pour vous », « L’excellence au service de votre projet ». Ces phrases pourraient figurer sur n’importe quel site de n’importe quel métier. C’est le marqueur le plus révélateur, parce qu’il montre que la page n’a rien à dire de spécifique.
5. Le rythme uniforme. Chaque section fait la même hauteur, chaque paragraphe la même longueur, chaque titre le même poids. Un texte écrit par un humain a des respirations irrégulières : une phrase très courte, puis un développement. Une page générée avance au métronome.
6. Les chiffres ronds et invérifiables. « Plus de 500 clients satisfaits », « 10 ans d’expertise » sur un site créé le mois dernier. Ces chiffres sortent du même mécanisme qui fait inventer une IA avec aplomb : ils sont plausibles, donc ils sortent.
7. Les images qui ne montrent personne. Des photos de bureaux vides, de poignées de main anonymes, de dégradés abstraits. Un site qui vend le travail d’une personne et ne montre jamais cette personne se prive de son seul avantage sur tous les autres.
Ce que ça coûte vraiment
Il faut être honnête sur l’enjeu, qui n’est pas esthétique.
Un visiteur ne se dit jamais « ce site a été fait par une IA ». Il se dit « bof », ou il ne se dit rien du tout et referme l’onglet. La décision se prend en quelques secondes, avant la lecture, sur une impression.
Or cette impression décide de la suite : est-ce que je fais confiance à cette personne, est-ce que je lui écris, est-ce que je lui donne mon argent. Un site qui ressemble à mille autres se retrouve jugé comme mille autres — c’est-à-dire pas jugé du tout.
C’est aussi pour ça que le sujet ne concerne pas tout le monde de la même façon. Pour un outil interne, un tableau de bord, un espace privé : aucune importance, l’efficacité seule compte. Pour convaincre quelqu’un de te payer : c’est le premier argument, et il agit avant tous les autres.
Ce qui suffit à en sortir
La bonne nouvelle est qu’il ne faut pas grand-chose, parce que le problème n’est pas la qualité mais l’absence de choix.
Décide arbitrairement de deux ou trois choses. Une police qu’on ne voit pas partout. Une couleur qui n’est pas le bleu par défaut. Une mise en page qui n’est pas centrée. Ces décisions n’ont pas besoin d’être justifiées : elles ont juste besoin d’être les tiennes, donc improbables.
Mets quelque chose que personne d’autre ne peut mettre. Une vraie photo, un vrai prénom, une phrase que tu dis vraiment à tes clients, un détail de ton métier que seul quelqu’un du métier connaît. C’est le seul contenu qu’une moyenne ne peut pas produire.
Casse la régularité au moins une fois. Une section plus courte que les autres, un bloc qui déborde, une phrase seule sur sa ligne. L’irrégularité est ce qui distingue une page écrite d’une page produite.
Refuse une fois. Quand la première proposition arrive, demande autre chose sans expliquer pourquoi. La deuxième proposition sort déjà de la moyenne, simplement parce que la plus probable a été écartée.
Le test à faire sur ton propre site
Ouvre ta page d’accueil, lis le titre principal, et pose-toi une seule question : est-ce que ce titre pourrait être sur le site d’un concurrent ?
Si oui, tu n’as pas un problème de design. Tu as un problème de contenu, et aucune retouche visuelle ne le réglera.
Si non — si ce titre ne peut appartenir qu’à toi — le reste se corrige en une soirée.
> combien de sites ont ce problème ?